La tour en ruine de Quermançó se dresse sur une petite butte volcanique du nord de l’Alt Empordà avec la tranquille autorité de quelque chose qui observe ce paysage depuis très longtemps. Elle ne culmine qu’à 196 mètres, mais sa position isolée au-dessus de la plaine plate de l’Empordà lui confère une présence démesurée — une silhouette sombre visible depuis une grande partie de la région entre les monts Albera et la mer.
Le château fut documenté pour la première fois en 1017, bien que la structure actuelle de la tour date du XIIe siècle. Il était le siège des vicomtes de Peralada, une puissante famille qui contrôlait une grande partie du nord de l’Empordà au Moyen Âge. La tour carrée principale — s’élevant à environ 15 mètres, partiellement ruinée au sommet — est construite en basalte volcanique extrait de la colline même sur laquelle elle se dresse, donnant aux murs un caractère sombre et distinctif, bien différent du grès pâle de la plupart des châteaux catalans.
Quermançó possède un lien littéraire qui le distingue des autres tours en ruine : c’est le cadre choisi par Jacint Verdaguer — le plus grand poète de Catalogne — pour son poème dramatique Quermançó (1894), qui raconte une légende médiévale d’amour et de tragédie se déroulant dans le château. Le poème contribua à fixer l’image romantique du château dans l’imaginaire culturel catalan.
Le cap volcanique sur lequel se dresse le château fait partie de l’extension la plus orientale de la zone volcanique de la Garrotxa, et le maquis environnant d’oliviers, de lentisques et de genévriers de Phénicie est typique du nord sauvage de l’Empordà. Depuis la tour, les vues s’étendent sur le golfe de Roses au sud, le piémont pyrénéen au nord et, par temps clair, la péninsule du Cap de Creus au nord-est.